Tu vois le petit point là-bas Qui avance pas à pas Dans la brume du matin Ii parle pas beaucoup cet homme-là Mais regarde bien ses bras Regarde bien ses mains Ses mains Le bout des doigts brûlés D'avoir toujours fumé Ses mégots jusqu'au bout Une écharde oubliée Sous la paume rouillée Qui craque de partout Ses phalanges ont même pris La rondeur des outils C'est plus des lignes, c'est des sillons Ii signe toujours en tremblant De la petite école à maintenant N'aura écrit que son nom Ii faut bien plus que le cri d'un boss Pour soulever les massues d'os Qui lui pendent au bout des bras Ii faut la plaine immense Un ciel gorgé de silence Et le souffle Le souffle De celle qui était tout le temps là Si on met bout à bout Les petits gestes doux Qu'il a laissés sur sa blonde Pis qu'on mesure le chemin Rien qu'avec sa main Ii a fait le tour du monde Ses mains en ont charrié tellement On pourrait remplir un volcan Et nourrir un royaume Toute la braise, l'écorce Tous les matins à bout de force Sont gravés dans sa paume Ii y a aussi des brisures de glace Des rires qui sautent en pleine face Des poignes franches pour ceux qui en veulent Les écailles d'un vieux piano La gorge intacte d'un agneau Et la gifle La gifle La gifle qui est partie toute seule