Madame Alice, belle aubergiste Frôle le comptoir des hommes tristes Leurs yeux dégustent son cou, son buste Et ses genoux sinon, c’est pas juste Leurs mots dévorent sa joie, son corps Jeunes blancs-becs, vieux matamores Elle verse à boire; s’ils se bagarrent Leur cuisine un œil au beurre noir Ses jambes légionnaires ont foulé la Terre entière Sa bouche flibustière a déjà bu les Sept Mers Elle pourrait vivre à rien faire : star, princesse ou héritière Mais les hommes qu’elle préfère font naufrage au fond de leur bière Bougres aux yeux croches, pâles gavroches Qui se désâment et s’effilochent Viennent à la tonne pour qu’elle leur donne Ses lèvres en guise de couronne Iconoclastes des hautes castes Grands décideurs du cours des astres Cognent à sa porte, petits cloportes Alice, ma chandelle est morte Si vous avez le cœur bleu, l’âme à l’eau, la queue leu-leu Suffit d’un murmure des yeux: Alice, donne-moi du feu Si vous avez le cœur à genou, la queue nouille, l’âme écrapou Elle ouvre son coffre à bisou: Grand Amour Sans Rendez-Vous La terre tremble quand elle se cambre Adieu froideurs, adieu novembre Elle se déballe, saute en cavale S’offre pour une dernière valse Madame Alice, belle aubergiste Attend ses hommes, ses frères, ses fils Mais au printemps, ils dansent au vent Aux bras des filles de vingt ans On a retrouvé en plein été Sa grande auberge abandonnée Au bord de la route, son cœur mammouth Tordu jusqu’à la dernière goutte