La Grand Crue De 2001

Jacques Bertin

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    Nous avons trop d' amour , bien sûr, mais vos enfances
    Sont, devant nous, prises comme dans une crue
    Nous avons appris à nous taire. Ce silence
    A envahi nos bouches comme l'eau les rues

    On entend un peu, montant du vieux paysage
    Comme une conversation ancienne arrêtée
    Des bribes, des fondations perdues de villages
    Que des époques sans âme auront submergés

    Les routes sont barrées, les berges sont perdues
    Nous avons trop d'amour sous les eaux , mon enfant !
    Nous ignorons les mots pour dire cette mue
    Du temps qui nous livre à l' espace menaçant

    Il y a trop d'amour ! Le paysage sombre
    Et le réel est englouti sous des huées
    Les haies sont habitées de frayeurs, d'ailes sombres
    Nous nous y tenons transis de froid sous les nuées

    Et nous sommes inquiets comme une armée des ombres
    Préparant pour la nuit des lampes , sans chemin
    On attendra en vain ce soir l' avion de Londres
    Le courrier qui pourrait nous réunir les mains

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    Ah trop d'amour, enfants, et nous ne vous offrîmes
    Que la solitude poignante des levées
    Les anciens avenirs hésitent, et on devine
    Errant sur le miroir des eaux, vos âmes liées

    Il y a trop d'amour pourrissant dans les granges
    Trop de photos sans légende dans les greniers
    Des cadavres d'autos s'enlisent dans les prés
    Qui produisaient jadis de beaux meuglements d'anges

    Trop d'amour frémissant sous l'eau, mais plus de routes,
    Plus de cartes , rien qu'un avenir de frimas
    Nous nous sommes enorgueillis de notre doute
    Le sens même des mots, comme un donjon, tomba

    Et partout, errant comme une troupe immature
    Vers le tombeau du Christ, croisade des enfants
    Appels d' oiseaux craintifs dans l'atroce nature
    Vous cherchez notre amour et nos mots, mon enfant

    Quand il sera trop tard, des larmes jailliront,
    Comme des argents des coffres, des bas de laine ;
    Des préhistoires, les mortas (*) remonteront
    Des mots, comme un fléau, diront droit dans l' haleine

    Tout ce que nous ne savions pas
    Que nous savions

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    (*) mortas : arbres pétrifiés enfouis dans les marais de Brière, remontant parfois à la surface

    Song details

    Composition:

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