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    Dans les forêts
    Dans les villes en braises rouges
    Au- dessus de la mer
    Sur les collines parfumées
    Vivait une belle bête chaude et fauve
    Qu'on appelait le bonheur

    Partout elle bondissait
    Elle riait dans la nuit
    Partout elle dansait avec le feu
    Et chantait avec les loups

    Cela se passait dans aucun temps particulier
    Car le temps voyez-vous est une chose mystérieuse

    Cette bête mangeait
    Tout ce que les gens lui donnaient
    Elle se laissait traire par eux
    Elle les pénétrait de son rameau doré
    S'ils le désiraient
    Et elle faisait de la musique
    Avec leurs veines et leurs cheveux

    Pourtant il y en eut quelques-uns qui la détestèrent
    Parce qu'elle les empêchait de régner
    Et que, étant libre et gratuite, elle cassait le marché
    Alors un jour ils vinrent avec des armes
    Ils la capturèrent et l'enferrnèrent
    Très loin dans une cage

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    Cela se passait dans aucun pays particulier
    Car les pays voyez-vous sont des choses mystérieuses

    Pour que les gens ne se révoltent pas
    Ils fabriquèrent
    D'innombrables copies de la bête
    Pour qu'ils en soient dégoûtés
    Qu'ils n'y comprennent plus rien
    Et qu'ils l'oublient
    Ils la firent bien mauvaise

    La fausse bête
    Se mit à roucouler
    À jouer au bridge, à vendre
    Le soir dans les rues ses tristes appas
    À chanter des opérettes
    Et à porter des rubans roses
    Comme on en met dans les cheveux des petites filles
    Pour les empêcher d'être
    Ce qu'elles sont elles-mêmes
    Des grandes bêtes chaudes et fauves

    Les gens devinrent amers et tristes
    Ils ricanèrent, s'empiffrèrent de gâteaux
    Se tapèrent dessus avec rage
    Et beaucoup se moquèrent
    Du caniche appelé bonheur
    De la perruche appelée bonheur

    Puis ils oublièrent le Bonheur
    Comme c'était prévu dans le plan
    Excepté quelques-uns que l'on rnit à l'hôpital

    Pourtant
    Dans les yeux de tous les bébés
    On peut voir se refléter l'image
    De la terrible bête et
    Il parait que sa chaleur en vérité
    Est telle que les barreaux de sa cage
    Sont en train de fondre là-bas très loin où les soldats l'ont laissée

    J'ai rencontré
    Une vieille, vieille dame
    Qui n'espérait plus la voir arriver de son vivant
    Mais, me dit, elle, je sais qu'elle existe
    Et après tout c'est l'essentiel

    Comme elle allait bientôt mourir
    Elle ne pouvait pas mentir

    Song details

    Composition: Brigitte Fontaine and Areski Belkacem

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