Fille d'ouvriers

Jules Mévisto

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    Pâle ou vermeille, brune ou blonde,
    Bébé mignon,
    Dans les larmes ça vient au monde,
    Chair à guignon.
    Ébouriffé, suçant son pouce,
    Jamais lavé,
    Comme un vrai champignon, ça pousse
    Chair à pavé

    A quinze ans, ça rentre à l'usine,
    Sans éventail,
    Du matin au soir, ça turbine,
    Chair à travail.
    Fleur des fortifs, ça s'étiole,
    Quand c'est girond,
    Dans un guet-apens, ça se viole,
    Chair à patrons.

    Jusque dans la moelle pourrie,
    Rien sous la dent,
    Alors, ça rentre en brasserie,
    Chair à clients.
    Ça tombe encore : de chute en chute,
    Honteuse, un soir,
    Pour deux francs, ça fait la culbute,
    Chair à trottoir.

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    Ça vieillit, et plus bas ça glisse.
    Un beau matin,
    Ça va s'inscrire à la police,
    Chair à roussins ;
    Ou bien, sans carte ça travaille
    Dans sa maison ;
    Alors, ça se fout sur la paille,
    Chair à prison.

    D'un mal lent souffrant le supplice,
    Vieux et tremblant,
    Ça va geindre dans un hospice,
    Chair à savants.
    Enfin, ayant vidé la coupe,
    Bu tout le fiel,
    Quand c'est crevé, ça se découpe.
    Chair à scalpel.

    Patrons ! Tas d'Héliogabales,
    D'effroi saisis
    Quand vous tomberez sous nos balles,
    Chair à fusils,
    Pour que chaque chien sur vos trognes
    Pisse, à l'écart
    Nous les laisserons vos charognes,
    Chair à Macquart !

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