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    Celle qu'on appelait la folle
    A laissé des morceaux de jupon
    Sur son chemin
    On en voit sous les ponts
    Sous les herbes folles
    Dans les mousses, dans les épines
    Et plein les buissons d'aubépines
    Comme des bouts de parchemin
    Derniers témoins de sa beauté

    Celle qu'on appelait la folle
    Était si belle toute nue
    Qui sait ce qu'elle est devenue ?
    Qui sait si elle a existé ?

    Et ceux qui rentrent du labour
    Ceux de la ferme et ceux du bourg
    Cachent leur tête dans leurs mains
    Leurs yeux se brisent dans la glace
    La fille que rien ne remplace
    Les a laissés seuls, sans amour

    De ceux qui rentrent du labour
    Qui peut se regarder en face
    Et qui peut sans perdre la face
    Dire la folle et puis pleurer ?
    Les femmes rient, les hommes mentent
    Car celle qu'on appelait la démente
    A disparu de la forêt

    Et par les chemins de traverse
    Sous le soleil, sous les averses
    Comme surgissant des enfers
    En proie aux barbelés de fer
    Aux murs d'épines, aux herbes folles
    Où les amoureux batifolent
    Entre les ronces diaboliques
    On voit des ombres faméliques
    Abandonnées comme des reliques

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    Et des morceaux de jupon trouvés
    Des bouts de jupon de la folle
    Car depuis qu'elle s'est sauvée,
    C'est là tout ce qui reste d'elle
    Comme un dernier froissement d'ailes
    De papillon blessé
    C'est un chien qui refuse sa laisse
    Il faut le laisser s'en aller
    Celle qu'on appelait diablesse
    Comme un oiseau s'est envolée

    Mais, privés de la folle,
    Les hommes s'affolent
    Ils n'ont plus personne à rêver
    Les femmes prient, les cloches sonnent
    Et dans la forêt qui frissonne
    La vieille dame qui moissonne
    Attend ceux qui vont en crever

    Celle qu'on appelait la folle
    Parce que les hommes l'aimaient
    Celle dont les hommes raffolent
    Ne s'en reviendra plus jamais

    Et ceux qui rentrent du labour
    Ceux de la ferme et ceux du bourg
    A présent, que faut-il qu'ils fassent ?
    Celle qui de mémoire jamais ne s'efface
    Ne fera plus jamais surface

    Avec le temps tout se mélange
    Les démons et les anges
    Vont la main dans la main
    Celle en qui les hommes renaissent
    Les a privés de leur jeunesse
    Il n'y a plus de lendemain

    Celle qu'on appelait la folle
    A laissé des morceaux de jupon
    Sur son chemin
    On en voit sous les ponts
    Et sous les herbes folles
    Par les mousses, dans les épines
    Et plein les buissons d'aubépines
    Comme des bouts de parchemin
    Derniers témoins de sa beauté

    Celle qu'on appelait la folle
    Savait vous mettre un coeur à nu
    Qui sait le sort qu'elle a connu ?
    Qui sait les sorts qu'elle a jetés ?

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