Courrier du coeur

Maxime Le Forestier

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    Pour elle, on avait pas fait sauter
    Tout les canons de la beauté.
    Si souvent dit,
    Elle avait fini
    Par s'y faire.
    Elle passait sa vie en silence,
    Comme installée dans l'adolescence.
    Un peu d'ennui, un peu de rêves en l'air,
    Elle vivait pour ses photos couleurs
    Et pour son cahier mauve,
    Tout rempli de lettres à des chanteurs
    Et de chansons guimauves.
    Elle disait: "J'ai quinze ans demain.
    Je t'en prie, répond de ta main
    Et si je mens, c'est pour te plaire."
    Elle avait un amoureux pourtant
    Qu'elle aimait de mémoire
    Car la seule qu'elle mettait au courant,
    C'était Ménie Grégoire.
    Elle disait: "Je l'aime et j'ai peur.
    A quinze ans, les filles ont des pudeurs.
    Je crois en vous, courrier du coeur."
    Paraît qu'on la vue, l'été, un soir,
    Entrer au bal et puis s'asseoir.
    Si souvent seule,
    Elle avait la gueule
    A s'y faire.
    Elle semblait penser à autre chose,
    Ses mains tirant sur sa robe rose,
    Genoux serrés, mais des yeux ouverts.
    Elle avait vu près de sa maison,
    Collé sur les gouttières:
    "Apprenez la danse en dix leçons"
    Mais elle était trop fière.
    Elle pensait: "J'ai trente ans demain.
    Je vais rester jusqu'au matin
    Toute une nuit dans un seul verre."
    On dit que c'est drôle et que c'est gai,
    Les confettis qui pleuvent,
    Mais les bals du quatorze Juillet,
    C'est jamais loin d'un fleuve.
    Je suis pas sur de ce qui s'est passé,
    Mais c'est depuis ce jour-là, tu sais,
    Qu'on parle d'elle à l'imparfait,
    Tu sais,
    Qu'on parle d'elle à l'imparfait.

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