La légende de la nonne

Maxime Le Forestier

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    Venez, vous dont l'oeil étincelle,
    Pour entendre une histoire encore,
    Approchez: je vous dirai celle
    De doña Padilla del Flor.
    Elle était d'Alanje, où s'entassent
    Les collines et les halliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Il est des filles à Grenade,
    Il en est à Séville aussi,
    Qui, pour la moindre sérénade,
    A l'amour demandent merci;
    Il en est que parfois embrassent,
    Le soir, de hardis cavaliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Ce n'est pas sur ce ton frivole
    Qu'il faut parler de Padilla,
    Car jamais prunelle espagnole
    D'un feu plus chaste ne brilla;
    Elle fuyait ceux qui pourchassent
    Les filles sous les peupliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Elle prit le voile à Tolède,
    Au grand soupir des gens du lieu,
    Comme si, quand on n'est pas laide,
    On avait droit d'épouser Dieu.
    Peu s'en fallut que ne pleurassent
    Les soudards et les écoliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

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    Or, la belle à peine cloîtrée,
    Amour en son coeur s'installa.
    Un fier brigand de la contrée
    Vint alors et dit: Me voilà!
    Quelquefois les brigands surpassent
    En audace les chevaliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Il était laid: les traits austères,
    La main plus rude que le gant;
    Mais l'amour a bien des mystères,
    Et la nonne aima le brigand.
    On voit des biches qui remplacent
    Leurs beaux cerfs par des sangliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    La nonne osa, dit la chronique,
    Au brigand par l'enfer conduit,
    Aux pieds de Sainte Véronique
    Donner un rendez-vous la nuit,
    A l'heure où les corbeaux croassent,
    Volant dans l'ombre par milliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Or quand, dans la nef descendue,
    La nonne appela le bandit,
    Au lieu de la voix attendue,
    C'est la foudre qui répondit.
    Dieu voulu que ses coups frappassent
    Les amants par Satan liés.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Cette histoire de la novice,
    Saint Ildefonse, abbé, voulut
    Qu'a fin de préservé du vice
    Les vierges qui font leur salut,
    Les prieurs la racontassent
    Dans tous les couvents réguliers.
    Enfants, voici des boeufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers.

    Información de la canción

    Composición: Georges Brassens

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