Les nocturnes

Sylva Berthe

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    A Paris la grand'ville
    Des ombres vont la nuit
    Qui se faufilent
    Le long des murs sans bruit
    Là, sous la lanterne aux feux rouges
    Faisant les cent pas
    Les braves agents
    Surveillent les bouges
    Dans le service on ne blague pas
    D'autres sous leur capuchon
    Par deux, dans la nuit, s'en vont

    Ce sont les nocturnes
    Les papillons de nuit
    Qui veillent pour qu'on ne fasse pas de bruit
    Quand le bourgeois roupille dans sa turne
    S'ils sont taciturnes
    Sous les plis d'leur manteau
    C'est qu'ils risquent souvent leur peau
    Les nocturnes

    Des fêtards en ribote
    Rigolant d'un biffin
    Qui, sous sa hotte
    S'en va l'crochet en main
    Le biffin, d'un air philosophe
    S'éloigne et s'en fout
    Car ils craignent pas les catastrophes
    Tous les ceusses qu'a pas le sou
    Fêtard, ne rigole donc pas
    Tu n'sais pas c'que tu deviendras

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    Ce sont les nocturnes
    Les papillons de nuit
    Un métier qu'au jour d'aujourd'hui
    On en crève de faim dans sa turne
    Ils pensent taciturnes
    Devant les trous de leurs ribouis
    Qu'tout l'monde peut pas être verni
    Les nocturnes

    Le long des sombres berges
    Où de pâles falots
    Semblent des cierges
    Reflétés par les flots
    Des ombres s'en vont, tête basse
    Si lasses de souffrir
    Que, vers l'eau profonde qui passe
    Elles viennent en finir
    Quand on est trop las de lutter
    Un soir, on n'a qu'à sauter

    Ce sont les nocturnes
    Les papillons de nuit
    Recélant les bonheurs détruits
    Leurs cœurs sont de funèbres urnes
    Ils vont, taciturnes
    Là-bas, vers les flots noirs
    Où sombrent les grands désespoirs
    Les nocturnes

    Devant la porte sombre
    De la vieille prison
    Des gens dans l'ombre
    Descendent d'un fourgon
    Soudain la sinistre machine
    Se dresse dans la nuit
    Deibler monte sa guillotine
    Lentement, sûrement, sans bruit
    Dans un silence profond
    La foule observe ce qu'ils font

    Ce sont les nocturnes
    Les papillons de nuit
    Sous le couteau d'acier qui luit
    Ils poussent une ombre taciturne
    Une tête, dans l'urne
    Tombe bientôt, sans un cri
    Ils opèrent sans faire de bruit
    Les nocturnes

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